Conférence

Nous vous communiquons ci-après, le déroulement de cette cérémonie :

Accueil et allocution de Mme Viviane Prats, doyenne responsable de la formation continue

18h : Conférence de Monsieur Vincent Du Bois, artiste-sculpteur et auteur du livre : “La main et l’art contemporain”, ouvrage dans lequel M. Du Bois interroge la virtualisation de notre société qui contourne le rapport direct avec la matière et le sens du toucher en sur-sollicitant la vue. Via l’art, sa réflexion nous invite à penser comment la révolution numérique, phénomène unique par son ampleur dans l’histoire humaine, installe l’abstraction au coeur de la perception tout en la séparant du corps.

18h30: Parole aux étudiant-e-s de la volée DAS en art-thérapie volée 2015

19h: Apéritif

Nous nous réjouissons d’ores et déjà de vous accueillir à cette occasion et dans l’attente de vos prochaines nouvelles, nous vous transmettons, Mesdames, Messieurs nos salutations distinguées.


Nicolas Lemaitre QR code

A Plainpalais, un QR code en mémoire d’un insoumis

En , Nicolas Lemaître est pendu sur la plaine genevoise pour s’être opposé au régime oligarchique qui régnait sur la ville. Trois siècles plus tard, le sculpteur Vincent Du Bois dévoile un monument étonnant en hommage à son combat

La plaine de Plainpalais, pour les Genevois, c’est le Cirque Knie, le marché aux puces, la flânerie du dimanche. Difficile d’imaginer que, au début du XVIIIe siècle, l’esplanade paisible couleur brique a été le théâtre d’une sombre exécution.

Et pourtant: le 23 août , Nicolas Lemaître, horloger de confession protestante, est pendu sur la pointe nord de la plaine après s’être vu emprisonné et torturé.

Fidèle de Pierre Fatio, Lemaître s’oppose comme lui au pouvoir oligarchique du gouvernement d’alors, formé par les tout-puissants Conseil des Ving-Cinq et Conseil des Deux-Cents. Luttant pour que les droits du Conseil général, qui rassemble en son sein citoyens et bourgeois, soient rétablis, le duo parvient à mobiliser plusieurs centaines de personnes. Mais après avoir rejeté leurs requêtes, l’aristocratie genevoise se contente d’accuser les deux hommes de complot. Lemaître clamera son innocence jusqu’au pied du gibet.

QR code fossilisé

Si Pierre Fatio, fusillé quelques semaines après son confrère, a donné son nom à une rue bien connue des Genevois, le nom de Nicolas Lemaître, lui, a largement déserté les mémoires.

Une injustice que la ville répare aujourd’hui en inaugurant, à l’extrémité de la plaine de Plainpalais (côté cirque), un monument dédié à cette victime de la raison d’Etat. Dévoilée mardi matin à l’occasion de la Journée mondiale contre la peine de mort, l’œuvre est signée Vincent Du Bois, sculpteur genevois à qui l’on doit déjà plusieurs installations au bout du lac.

Vous imaginez un buste en bronze ou une stèle imposante? Raté. Ligne brisée mesure 1m20 de haut et prend la forme d’un bloc monolithe en marbre, sorte de tribune d’orateur à la face supérieure tronquée, pour évoquer l’absence, le destin fauché, le discours interrompu. Et au-dessus… un QR code géant, sculpté à même le marbre. Une fois scanné, celui-ci renvoie à une page internet de la ville de Genève qui relate le destin de Nicolas Lemaître.

Le choix est surprenant. S’il permet d’éclairer des événements marquants à la lumière du présent, il reflète surtout les réflexions de l’artiste sur l’histoire et l’évolution technologique. «Comme le souvenir de Nicolas Lemaître et sa cause humaniste, tout laisse à croire que le QR code sera bientôt un langage oublié, désuet, détaille Vincent Du Bois. Il faudra réapprendre à le décoder, comme les hiéroglyphes égyptiens. Il représente un genre de fossile dépositaire d’un moment.»

Labyrinthe mystérieux

Les souvenirs du passé, comme les codes informatiques, sont immatériels. Pour bousculer nos perceptions, l’artiste sort le symbole de sa toile virtuelle et le ramène du côté de la matière, du toucher. «Reproduit en 3D, le QR code devient un objet unique, esthétique, mystérieux comme un labyrinthe.»

Décontextualiser un objet, c’est aussi amener à changer le regard qu’on lui porte. «L’œuvre questionne la place du corps dans un monde qui se digitalise, souligne Vincent Du Bois. Mais aussi la paresse du public, qui se laisse gaver d’applications rigolotes, et celle des Etats qui sautent dans le train du numérique sans se demander où tout ça va mener.»

Si la révolution politique défendue par Lemaire et celle qui envahit aujourd’hui nos écrans n’ont a priori pas grand-chose en commun, chacune témoigne des challenges et divisions propres à leur temps. Tourné vers l’église du Sacré-Cœur, le QR code, gravé dans la roche, rappelle aux Genevois l’importance de s’arrêter pour questionner les acquis du présent.

Virginie Nussbaum

 

LE TEMPS . 10 octobre

A Plainpalais, un QR code en mémoire d’un insoumis – Le Temps –


Un artiste entrepreneur m'a dit... La numérisation bénéficie à la pierre

La numérisation bénéficie à la pierre

PROPOS RECUEILLIS PAR JEREMY STANNING

Dans l'atelier Cal'AS de la rue de Saint-Georges, Vincent Du Bois travaille la pierre. Le caillou, c'est une histoire de famille. Si l'atelier est proche du cimetière, c'est parce que lorsque son arrière-grand-père a quitté l'Italie pour s'installer à Genève, c'est au cimetière que les tailleurs de pierre trouvaient encore du travail. L'aïeul était "artisant, mais aussi artiste"; l'arrière-petit-fils aura son certificat fédéral de capacité de sculpteur de pierre, complété par un Master of Fine Art à la School of the Art Institute de Chicago. En , il publie aux éditions Slatkine La main et l'art contemporain, ouvrage dans lequel il aborde les thèmes de la numérisation, de la dématérialisation et du "triomphe de l'abstraction sur les sens".

A l'époque de votre arrière-grand-père, le métier de tailleur de pierre était manuel. La révolution numérique a permis l'avènement de nouvelles technologies. Y a-t-il une opposition irréconciliable entre artisanat et technologies numériques ?

La numérisation éloigne la main du matériau, mais offre des méthodes de production capables de faire des formes que la main ne ferait pas ou très lentement. Par exemple, ma sculpture La Main de Dieu provient d'un bloc de marbre de treize tonnes. J'ai pu le faire dégrossir en carrière à Carrare et le robot a fait en un mois ce que j'aurais fait en un an. Celui-ci ne parvient cependant pas à reproduire ce qui est de l'ordre du vivant: la main prédécoupée est une silhouette. Elle ne pas le sentiment de la peau. La main humaine est plus intelligente, plus subtile que le robot. Il peut aider la main, et inversement, mais si l'on ne fait que l'un ou l'autre, on finit par perdre des choses. Nier la révolution numérique est impossible, mais se distancier de ce que peut faire la main, c'est s'éloigner du matériau et du savoir-faire. Ce qui m'inquiète, c'est la perte de savoir-faire manuel. La pierre va rester au goût du jour, les machines vont continuer à faciliter le travail et la création. Je crains cependant que la perte de technique des artisans rende les créations moins vivantes, moins subtiles.

La construction et la sculpture sur pierre sont-elles toujours d'actualité?

Le progrès a régulièrement mis en danger le travail de la pierre, notamment dans la construction, par l'invention du béton, beaucoup plus facile et rapide à employer. Un immeuble constuit en béton en deux ans avec une vingtaine d'ouvriers demanderait trois cents tailleurs de pierre pendant cinq ans. La taille et la coupe numériques de la pierre la rendent souvent moins chère que le béton. Réaliser une fenêtre en pierre de taille, par exemple, est moins onéreux que de faire un encadrement en béton. Contrairement au béton, dans lequel il faut rajouter des produits chimiques, la pierre est bien moins polluante.
En ce qui concerne la sculpture, la pierre a toujours été un matériau de prédilection. Elle a été progressivement abandonnée depuis les années , jugée classique, figurative et passéiste. Depuis quelques années, grâce à la révolution numérique et aux nouveaux moyens de production, les codes ont là aussi été bouleversés, en permettant à des artistes contemporains néophytes de travailler la pierre. Il suffit à l'artiste de proposer une maquette et les machines réalisent des créations complexes. En scannant l'objet, le robot est capable de dégrossir la pierre pour en faire une chaise, un pneu ou une luge. La pierre est donc à nouveau invité dans la création contemporaine.

Vous aviez très tôt senti la tendance, en fondant dès votre maison de design, Stonetouch.

J'ai décidé de m'équiper en matériel (scanners, robots) afin de bénéficier d'une plateforme avec du savoir-faire, du stock et des machines. Puis avec deux amis d'enfance, Claudio Colucci, designer et Pierre-André Bohnet, architecte, nous sommes partis à la rencontre des artistes. Pour la première collection, chacune d'entre nous a réalisé une oeuvre et fait appel à trois artistes, pour un total de six créations. La plupart d'entre eux n'avaient jamais travaillé la pierre et se sont montrés très enthousiastes. Le nombre d'unité était limité à huit, de sorte qu'à chaque objet vendu, le prix du suivant augmentait, en raison de sa rareté. Nous avons également trouvé un partenaire en la galerie Mitterrand & Cramer, qui nous a permis de nous rendre à Art Basel pour ventre notre première collection. Cela nous a donné l'occasion de mettre en place un accord tripartite avec des investisseurs et des artistes que ceux-ci souhaitaient voir publiés.
Stonetouch profite de la révolution numérique pour mettre à disposition un savoir-faire qui mélange la main et la technologie au profit d'une création contemporaine.

La pierre est-elle un matériau comme un autre, amené à s'implanter dans le domaine du design contemporain?

Internet a ouvert tellement de portes qu'il n'y a plus de règles, si ce n'est celle de la variété. On peut avoir de belles créations dans des nouveaux matériaux, dans des textiles intelligents et vouloir acheter une magnifique table en pierre.

Comment voyez-vous l'évolution du métier de la pierre dans les années à venir?

Dans les six cantons romands, il y a moins d'une vingtaine d'apprentis dans les différentes formations des métiers de la pierre, qui s'organisent en trois branches: la marbrerie, la taille de pierre et la sculpture sur pierre. Pour la marbrerie, le métier a déjà été révolutionné par les machines. Un atelier de marbrerie, c'est dix machines-outils à commande numérique, une armée de poseurs et trois artisans pour les finitions (soit de 5% à 10% du travail).
La taille de pierre est moins affectée par ces changements, car les ouvriers sont obligés de travailler sur le bâtiment lui-même. C'est aussi le cas de la sculpture sur pierre, qui s'occupe du côté plus artistique, comme les décors de cheminées, les gravures complexes, les blasons ou les frises. C'est ce qui nous a amené à travailler sur la cathédrale Saint-Pierre durant une année, car le travail nécessaire n'aurait pu être fait par une machine.
Je tiens également beaucoup à la notion d'artisanat de quartier, de proximité, c'est à dire cette capacité à travailler pour tout le monde. Il faut être capable de réaliser une marche de jardin, une pierre pour le lavabo ou une colonne de cheminée à la main. Comme disait Michel-Ange, "que tu fasses les appartements du Pape ou que tu décores le panier d'une bergère, fais-le avec le même coeur". A mon avis, quand on aime la pierre, on est content de faire des choses modestes et pas uniquement des travaux somptueux.

ENTREPRISE ROMANDE . 22 décembre


Un artiste entrepreneur m’a dit… La numérisation bénéficie à la pierre

La numérisation bénéficie à la pierre

PROPOS RECUEILLIS PAR JEREMY STANNING

Dans l’atelier Cal’AS de la rue de Saint-Georges, Vincent Du Bois travaille la pierre. Le caillou, c’est une histoire de famille. Si l’atelier est proche du cimetière, c’est parce que lorsque son arrière-grand-père a quitté l’Italie pour s’installer à Genève, c’est au cimetière que les tailleurs de pierre trouvaient encore du travail. L’aïeul était « artisant, mais aussi artiste »; l’arrière-petit-fils aura son certificat fédéral de capacité de sculpteur de pierre, complété par un Master of Fine Art à la School of the Art Institute de Chicago. En , il publie aux éditions Slatkine La main et l’art contemporain, ouvrage dans lequel il aborde les thèmes de la numérisation, de la dématérialisation et du « triomphe de l’abstraction sur les sens ».

A l’époque de votre arrière-grand-père, le métier de tailleur de pierre était manuel. La révolution numérique a permis l’avènement de nouvelles technologies. Y a-t-il une opposition irréconciliable entre artisanat et technologies numériques ?

La numérisation éloigne la main du matériau, mais offre des méthodes de production capables de faire des formes que la main ne ferait pas ou très lentement. Par exemple, ma sculpture La Main de Dieu provient d’un bloc de marbre de treize tonnes. J’ai pu le faire dégrossir en carrière à Carrare et le robot a fait en un mois ce que j’aurais fait en un an. Celui-ci ne parvient cependant pas à reproduire ce qui est de l’ordre du vivant: la main prédécoupée est une silhouette. Elle ne pas le sentiment de la peau. La main humaine est plus intelligente, plus subtile que le robot. Il peut aider la main, et inversement, mais si l’on ne fait que l’un ou l’autre, on finit par perdre des choses. Nier la révolution numérique est impossible, mais se distancier de ce que peut faire la main, c’est s’éloigner du matériau et du savoir-faire. Ce qui m’inquiète, c’est la perte de savoir-faire manuel. La pierre va rester au goût du jour, les machines vont continuer à faciliter le travail et la création. Je crains cependant que la perte de technique des artisans rende les créations moins vivantes, moins subtiles.

La construction et la sculpture sur pierre sont-elles toujours d’actualité?

Le progrès a régulièrement mis en danger le travail de la pierre, notamment dans la construction, par l’invention du béton, beaucoup plus facile et rapide à employer. Un immeuble constuit en béton en deux ans avec une vingtaine d’ouvriers demanderait trois cents tailleurs de pierre pendant cinq ans. La taille et la coupe numériques de la pierre la rendent souvent moins chère que le béton. Réaliser une fenêtre en pierre de taille, par exemple, est moins onéreux que de faire un encadrement en béton. Contrairement au béton, dans lequel il faut rajouter des produits chimiques, la pierre est bien moins polluante.
En ce qui concerne la sculpture, la pierre a toujours été un matériau de prédilection. Elle a été progressivement abandonnée depuis les années , jugée classique, figurative et passéiste. Depuis quelques années, grâce à la révolution numérique et aux nouveaux moyens de production, les codes ont là aussi été bouleversés, en permettant à des artistes contemporains néophytes de travailler la pierre. Il suffit à l’artiste de proposer une maquette et les machines réalisent des créations complexes. En scannant l’objet, le robot est capable de dégrossir la pierre pour en faire une chaise, un pneu ou une luge. La pierre est donc à nouveau invité dans la création contemporaine.

Vous aviez très tôt senti la tendance, en fondant dès votre maison de design, Stonetouch.

J’ai décidé de m’équiper en matériel (scanners, robots) afin de bénéficier d’une plateforme avec du savoir-faire, du stock et des machines. Puis avec deux amis d’enfance, Claudio Colucci, designer et Pierre-André Bohnet, architecte, nous sommes partis à la rencontre des artistes. Pour la première collection, chacune d’entre nous a réalisé une oeuvre et fait appel à trois artistes, pour un total de six créations. La plupart d’entre eux n’avaient jamais travaillé la pierre et se sont montrés très enthousiastes. Le nombre d’unité était limité à huit, de sorte qu’à chaque objet vendu, le prix du suivant augmentait, en raison de sa rareté. Nous avons également trouvé un partenaire en la galerie Mitterrand & Cramer, qui nous a permis de nous rendre à Art Basel pour ventre notre première collection. Cela nous a donné l’occasion de mettre en place un accord tripartite avec des investisseurs et des artistes que ceux-ci souhaitaient voir publiés.
Stonetouch profite de la révolution numérique pour mettre à disposition un savoir-faire qui mélange la main et la technologie au profit d’une création contemporaine.

La pierre est-elle un matériau comme un autre, amené à s’implanter dans le domaine du design contemporain?

Internet a ouvert tellement de portes qu’il n’y a plus de règles, si ce n’est celle de la variété. On peut avoir de belles créations dans des nouveaux matériaux, dans des textiles intelligents et vouloir acheter une magnifique table en pierre.

Comment voyez-vous l’évolution du métier de la pierre dans les années à venir?

Dans les six cantons romands, il y a moins d’une vingtaine d’apprentis dans les différentes formations des métiers de la pierre, qui s’organisent en trois branches: la marbrerie, la taille de pierre et la sculpture sur pierre. Pour la marbrerie, le métier a déjà été révolutionné par les machines. Un atelier de marbrerie, c’est dix machines-outils à commande numérique, une armée de poseurs et trois artisans pour les finitions (soit de 5% à 10% du travail).
La taille de pierre est moins affectée par ces changements, car les ouvriers sont obligés de travailler sur le bâtiment lui-même. C’est aussi le cas de la sculpture sur pierre, qui s’occupe du côté plus artistique, comme les décors de cheminées, les gravures complexes, les blasons ou les frises. C’est ce qui nous a amené à travailler sur la cathédrale Saint-Pierre durant une année, car le travail nécessaire n’aurait pu être fait par une machine.
Je tiens également beaucoup à la notion d’artisanat de quartier, de proximité, c’est à dire cette capacité à travailler pour tout le monde. Il faut être capable de réaliser une marche de jardin, une pierre pour le lavabo ou une colonne de cheminée à la main. Comme disait Michel-Ange, « que tu fasses les appartements du Pape ou que tu décores le panier d’une bergère, fais-le avec le même coeur ». A mon avis, quand on aime la pierre, on est content de faire des choses modestes et pas uniquement des travaux somptueux.

ENTREPRISE ROMANDE . 22 décembre


Naviguer dans la bonne direction

La galerie genevoise Air Project propose à partir de novembre l’exposition « Navigation privée » : l’occasion de voir pour la première fois en Suisse la talentueuse artiste canadienne Erin Armstrong et ses portraits qui mêlent figuration et abstraction, ainsi que les nouvelles œuvres en marbre blanc de Vincent Du Bois où la matière confronte la dématérialisation numérique.

Des toiles marquées par une gestuelle et des traits rapides, représentants des personnages anonymes habités d’émotions intenses. Des oeuvres qui valent d’ores et déjà à Erin Armstrong une solide réputation puisqu’elle est aujourd’hui considérée comme l’une des artistes contemporaines à suivre de près. La Galerie Air Project présentera en même temps les très belles oeuvres du sculpteur suisse Vincent Du Bois. Cet artiste a hérité sa passion du marbre de ses origines italiennes, puisque sa famille maternelle est riche de sculpteurs sur pierre depuis plusieurs générations. Cette mémoire du passé s’est également enrichie d’apports personnels acquis au cours de ses études de plasticien en Suisse, en Italie, et à Chicago. On pourra ainsi découvrir une oeuvre étonnante qui explore la relation entre la matière et le numérique, et qui a valu à Vincent Du Bois de nombreux pris en Suisse et à l’étranger. Une double thématique à ne pas manquer en cette rentrée. Vernissage le 2 novembre à la galerie dès 18h !

 

CÔTE MAGAZINE . Octobre


Nicolas Lemaître

Nicolas Lemaître gravé dans la roche

Un moment à la mémoire du protestataire exécuté en a pris place ce mardi dans le parc Harry-Marc. Il fait revivre un pan méconnu de l'histoire genevoise.

"Il y a une rue Pierre Fatio, il devrait y en avoir une pour Nicolas Lemaître." Olivier Fatio, ancien doyen de la Faculté de théologie, oeuvre depuis des années pour que soit réhabilité, aux côtés de son illustre ancêtre, ce leader de la contestation citoyenne. C'est désormais chose faite. Pas de boulevard, mais une oeuvre d'art du sculpteur Vincent Du Bois installée à l'extrémité nord de la plaine de Plainpalais. Ce mémorial commémore l'exécution de Nicolas Lemaître au début du XVIIIe siècle.

Depuis trois cents ans, son nom est tombé dans l'oubli. Ce maître horloger a pourtant joué un rôle central dans les luttes contre l'exercice oligarchique du pouvoir à Genève. Critique de l'accaparation des instances politiques par l'aristocratie, il se soulève aux côtés de l'avocat Pierre Fatio. Ensemble, ils demandent le rétablissement des droits du Conseil général, qui rassemble citoyens et bourgeois, la publication des lois et l'application du droit d'initiative. Le gouvernement juge ces revendications séditieuses et fait en sorte de décapiter le mouvement démocratique: accusé à tort d'avoir comploté contre les autorités, Nicolas Lemaître est emprisonné et finalement pendu le 23 août après un procès expéditif. L'exécution de Pierre Fatio suivra le 6 septembre de la même année.

"Cette injustice m'a touché. J'ai voulu intégrer dans mon oeuvre la question de l'oubli", explique Vincent Du Bois. Entre ses mains, le burin a façonné un bloc, face supérieure tronquée, dans laquelle est gravé en bas relief un QR code (un code-barre à scanner sur son téléphone). "Les QR codes sont à l'origine un langage numérique bidimensionnel, qui fait appel essentiellement à la vue. En les matérialisant dans la pierre, je les rends uniques et accessibles au toucher. J'intègre à quelque chose de purement fonctionnel un aspect esthétique, et le résultat ressemble à une forme de braille, un labyrinthe, ou un code inca."

Un simple survol de l'oeuvre d'art avec un smartphone renvoie à une page internet qui retrace l'histoire de Nicolas Lemaître. Mais pour combien de temps? "L'humain a inventé les QR codes, un langage qu'il ne peut paradoxalement ni lire ni écrire. Un jour, ces symboles tomberont dans l'oubli. Mais cette mémoire gravée dans la pierre continuera d'exister, silencieusement. Il faudra alors un Champolion du numérique pour la décoder."

MAUDE JAQUET

LE COURRIER . 10 octobre