Parcours artistique pour la bonne cause
Le « Bench Love Star », de Claudio Colucci, est à voir dans la cour du Musée d’art et d’histoire
Exposition
L’association heart@geneva a convié 26 artistes à imaginer une oeuvre en écho à un lieu emblématique de la ville.
Si vous êtes passé par la place Neuve, vous avez peut-être remarqué la toile qui trône sur la façade du Musée Rath. Elle n’est pas l’oeuvre d’un de ces illuminés qui ont tagué le Grand Théâtre. Intitulée Unique, cette sérigraphie sur toile est signée Sylvie Fleury. Depuis quelques jours, d’autres oeuvres sont apparues au centre-ville. Sur la place de Longemalle, dans la cathédrale Saint-Pierre, à la Maison Tavel, à l’hôtel Métropole… Les artistes ont décidé de prendre la cité en otage? Il y a une quarantaine de travaux exposés dans l’espace public. Le long d’un parcours qui se veut aussi bien artistique que philantropique.
En effet, l’association heart@geneva, fondée par Marietta Bieri en avril, a invité vingt-six « stars » de l’art contemporain à imaginer une oeuvre originale en écho à un lieu emblématique de Genève. John Armeleder a été le premier à accepter le défi: il rend hommage à Jean-Paul Barbier-Mueller avec une sculpture en verre visible au musée créé par le collectionneur décédé en décembre dernier. Avec Stéphane Kropf, il a également signé les quatre drapeaux qui flottent depuis mercredi à l’Espace Hippomène. Là où se dressera le futu compus de la HEAD.
Les autres? « Cela s’est fait comme ça, au hasard des rencontres », souffle Marietta Bieri. De Mai-Thu Perret à Vincent Du Bois, de Claudio Colucci à Olivier Mosset, ils ont tous joué le jeu. Exposées jusqu’au 31 août, leurs oeuvres seront ensuite vendues aux enchères, le 5 septembre dans un lieu à définir – et le fruit de ces ventes (moins la rémunération des artistes!) sera redistribuée à dix associations cantonales, telles que la Ligue genevoise contre le cancer, le Caré, SOS Femmes ou Partage.
Pour Marietta Bieri, tout n’a pas été simple dans la mise en place de ce projet. D’autant plus que la Ville de Genève et l’Office du tourisme ne se sont pas montrés très compréhensifs. Ainsi, la sculpture de Fabien Mérelle, Ecorcé, prévue sur la plaine de Plainpalais, ne sera pas exposée. Pour des raisons de budget: la pose d’un socle et la sécurisation de l’oeuvre coûtaient trop cher. Un coup de pouce de nos édiles aurait peut-être pu éviter cette petite frustration. « Nous n’avons que des partenaires privés » souligne encore Marietta Bieri. Laquelle espère que cette première édition permettra de lever les dernières réticences afin que les portes s’ouvrent plus facilement pour .
Jean-Daniel Sallin
TRIBUNE DE GENEVE . 18 mai
Genève se dote d'un tombeau des secrets
Exposition Open End
Quand l’art contemporain s’invite au cimetière. C’est une dalle funéraire comme les autres, mais elle n’abrite pas le cadavre d’un humain: « Ici reposent les secrets des promeneurs du cimetière des Rois», Secrets d’amour? Secrets d’alcôves?
ECRIT PAR: Agnès Giard.
Alors que les pompes funèbres de Genève fêtent leur 150 ans, la ville accueille fin une exposition étonnante -Open End- dédiée à l’art funéraire qui invite les visiteurs du cimetière à repenser leur rapport àl a mort. Elle se déroule dans un cimetière datant de . Construit sur des marais salants à deux pas de l’hôpital des pestiférés, le lieu est à l’origine un très contagieux dépotoir à cadavres: on l’évite… comme la peste. Par un ironique retournement du sort, il est devenu «un cimetière des VIPs».
Open End : une fin ouverte
Le cimetière des Rois abrite en effet les tombes de célébrités: Jean-Louis Borges, Ernest Ansermet, Émile Jaques-Dalcroze, la prostituée-écrivain Grisélidis Réal, la philosophe Jeanne IIersch, FrankMartin, Jean Piaget, Rodolphe Topfer, et bien d’autres yattirent les touristes et les curieux. De Robert Musil, il n’y a qu’un buste, ses cendres ont été dispersées au Salève. Presque invisibles parmi les monuments de ce petit panthéon de verdure, de fausses tombes se glissent en invitées surprise: une main de dieu en marbre tend son doigt vers l’invisible, un banc en point d’interrogation propose une pause-recueillement, un ectoplasme de Pieta accueille en creux le corps du Christ, un enregistrement – quelqu’un ronfle sous terre – se déclenche lorsque des promeneurs viennent devant la tombe de Jean Calvin. Il y a aussi cette statue de SDF qui semble faire la manche au milieu des défunts et cette installation funéraire que les visiteurs entretiennent sans savoir à qui les fleurs ni les bougies sont dédiées: comme par mimétisme, chacun vient ici apporter une offrande à la mémoire de… qui au juste? La mort n’a pas forcément de visage.
Que vos secrets reposent en paix
Jusqu’en l’an , au moins, les promeneurs du cimetière des Rois pourront donc se confier à l’oubli éternel. Ils sont nombreux. La boîte qui était vide le jour du vernissage (15 septembre ) était à ce point pleine en décembre qu’il a fallu faire venir une grue, soulever la dalle et vider la boîte. «Le jour du vernissage, Sophie Calle notait elle-même les secrets, raconte Elodie. Les gens venaient un par un s’assoir devant elle et lui parlaient.
Elle notait le secret, le glissait dans une enveloppe puis elle accompagnait la personne qui glissait l’enveloppe dans la dalle. Une cinquantaine de personnes attendaient leur tour, à distance, pour ne pas entendre ce qui se disait. Il n’y avait donc, au départ qu’environ 50 secrets. Puis, fin , des centaines… qui débordaient.» La boîte correspond aux normes du Service des Pompes Funèbres (SPF) : elle mesure 50 cm sur 50 cm et accueille normalement les cendres des morts. L’association DART la fait déterrer, en présence des responsables du cimetière, puis leur contenu est brulé, afin que les secrets soient préservés à jamais. Requiescat in pace.
Les cimetières dépendent du département de la cohésion sociale
Pour Elodie Hainard, il est vital que la boîte puisse être vidée et son contenu détruit. « Au début la ville a dit que non, on ne pouvait pas faire de fente (et donc le projet était compromis), car ce cimetière est le lieu d’un trafic de drogue important: les autorités avaient peur que les dealers ne planquent leur came dans lafente/tombe). Ils voulaient dont que tout soit scellé.
Mais on a eu gain de cause. » Elodie s’amuse. Le projet a mis quatre ans
avant de voir le jour, quatre ans d’interminables négociations avec des interlocuteurs qui se renvoient la balle, terrorisés à ridée que des artistes troublent la paix du cimetière : un scandale est si vite arrivé. «L’idée de faire cette exposition est partie de mon cousin, Vincent Du Bois, artiste contemporain et sculpteur sur pierre. En , la Maire de Genève avait déclaré vouloir «ramener de la vie dans les cimetières». Mon cousin a d’abord contacté le SPF, qui était partant, puis le Fond Municipal d’Art Contemporain (FMAC). Puis la ville, plus particulièrement le département de la cohésion sociale et de la solidarité, dont dépendent les cimetières (ahhhh, la Suisse, tout un poème…).» Elodie monte avec lui et avec Xavier Sprungli l’association DART, pour faire avancer le projet.
L’art peut-il troubler le repos des morts?
Après des mois de bataille, «on a cru qu’on avait le feu vert, mais ensuite ils ont voulu mettre sur place un comité d’éthique pour juger chaque oeuvre. Personne ne voulait assumer la responsabilité de cette exposition. Ils avaient été échaudés par l’épisode de la pierre tombale de Grisélidis Réal [une polémique avait secoué Genève à l’époque]. Comme la loi est très vague (il ne faut pas « troubler le repos des morts »), ils l’ont interprétée dans le sens restrictif.» Finalement, l’idée passe. Mieux : Elodie est contactée pour que des expositions similaires soient organisées dans des cimetières à Zurich, à Bruxelles… Mettre de la vie dans ces lieux ? L’idée fait son chemin. Les cimetières, désaffectés, sont en voie disparition : ils laissent place maintenant aux jardins du souvenir et aux columbarium. La majorité des européens choisissent la crémation et que leurs cendres soient répandues dans la nature. A quoi bon des tombes individuelles? Les gens veulent se fondre dans l’anonymat d’un recyclage «propre». Devenir de la poudre cosmique, emportée par le vent. Nourrir les racines d’un arbre… Plus personne ne veut aller dans un cimetière. Les municipalités s’en inquiètent. Il faut redonner un sens à ces espaces.
Un Tombeau pour lutter contre l’Inquisition contemporaine
C’est là qu’arrive le Tombeau des Secrets, idée de génie s’il en est, toute pleine de nostalgie, porteuse d’un rêve d’hermétisme : quelque part, il existe un monde où les secrets peuvent encore exister… «Le cimetière des Rois était au départ un charnier, un lieu collectif, explique Elodie Hainard. Le Tombeau des secrets renvoie un peu à cette période où tous les humains étaient pêle-mêle. Pour aller plus loin, si on reprend l’étymologie de «pestiféré» – pestis (peste) et ferre (porter)- , on pourrait même dire que les gens qui gardent ou « portent » des secrets, sont certainement des pestiférés dans la société actuelle, dominée par la morale de la transparence, par la génération wikileaks (qui veut mettre àjour les complots étatiques et des grandes entreprises), autant que par la NSA (écoutes téléphoniques, surveillance globale).» Pour Elodie, il ne saurait y avoir de lieux plus approprié que le cimetière des Rois à Genève pour rendre un dernier hommage à ce qui ne nous survivra pas. Secrets de famille, secrets amoureux, soyez bien gardés: dissolvez-vous dans la masse, disparaissez, consumez-vous. L’association DART veille sur vous.
La Suisse a perdu le secret bancaire. Elle gardera désormais le secret funéraire.
L’association DART (créée en par Vmcent DuBois, Elodie Hainard et Xavier Sprungli) entend réactiver le regard sur les objets de deuil, questionner par le biais d’expositions et de colloques le rapport à la mort et au souvenir, ramener la vie dans les cimetières.
LIBERATION . 22 janvier
Sculptures et sépultures
Valoriser les cimetières et les oeuvres d'art qu'ils abritent est l'objectif de cette exposition originale promue par la Ville de Genève et organisée par l'association DART.
A l'heure où les rituels religieux disparaissent et où le rapport à la mort et au deuil change, le projet Open End propose de remettre l'art dans les cimetières, là où l'art funéraire s'éteint lui aussi inexorablement.
Cette initiative hors du commun, organisée à l'occasion des 150 ans du Service des pompes funèbres de Genève, rassemble une quinzaine d'oeuvres dans le cimetière des Rois. Ce dernier, qui accueille la dépouille de Calvin et Jorge L. Borges, entre autres grands noms, offre un cadre singulier à une exposition de sculpture conteporaine.
Une quinzaine d'artistes locaux ont été invités à concevoir une oeuvre pour le lieu, sans toutefois la limiter au seul point de vue de l'art funéraire. Christian Gonzenbach, Claudio Colucci, Fabrice Gygi, Gianni Motti et Sylvie Fleury figurent sur la liste. Seule présence internationale, l'artiste Sophie Calle intervient avec un projet intitulé "Le tombeau des secrets", déjà présenté dans d'autres cimetières de France, qui met l'accent sur l'émotion et les traces de vie. A l'abri des yeux et des oreilles indiscrètes, des secrets encombrants ou légers sont confiés à l'artiste, ou écrits sur un papier et glissés dans la tombe lors d'une cérémonie d'ensevelissement. L'oeuvre est la seule permanente.
Le cimetière des Rois inaugure l'exposition Open End lors de la Nuit des Bains. Vernissage le 15 septembre dès 16h.
PL
ESPACES CONTEMPORAINS . Septembre
De l'art pour rendre visite aux morts
EXPO QUAND L'ART ENTRE AU CIMETIÈRE
Les cimetières se vident. Les cimetières se meurent. Sur l'impulsion du sculpteur Vincent Du Bois, l'exposition "Open End" invite 16 artistes contemporains à remettre de la vie dans le cimetière des Rois. Un challenge sensible dans un lieu hautement délicat.
PAR EMMANUEL GRANJEAN
De l'art pour rendre visite aux morts
Sur l'impulsion du sculpteur Vincent Du Bois, 16 artistes contemporains exposent dans le cimetière des Rois à Genève. Une manière de remettre de l'art où il y en a plus. Et de redonner de la vie à ces endroits parfois oubliés.
Les cimetières sont à la fois abandonnés et intouchables. Comment changer cela à notre époque où les savoir-faire se perdent, où les rites évoluent, où la virtualité prend parfois le pas sur la réalité de l'existence.
C'est une tombe discrète qui affleure du gazon. Sur la pierre est gravé en lettres d'or: "Ici reposent les secrets des promeneurs du cimetière des Rois". Une petite fente suggère que l'on peut y glisser une enveloppe. L'aveu enterré, c'est le principe mis en place par l'artiste Sophie Calle qui recueillera ainsi les confidences de ceux qui viendront la voir jeudi prochain. Le mystère de la confession est garanti pour l'éternité: la concession a été enregistrée pour vingt ans.
Le Tombeau des secrets appartient à l'exposition Open End organisée dans le cimetière des Rois et donc inaugurée le 15 septembre dans le sillage de la Nuit des Bains. L'idée d'exposer chez les morts est venue à l'artiste Vincent Du Bois. "Le projet remonte en fait à . J'avais été estomaqué de voir comment la ville détruisait des chapelles funéraires du XIXe siècle au motif qu'on trouvait ailleurs dans le canton des exemplaires similaires. Pour moi qui viens d'une famille de tailleur de pierre, cela dépassait l'entendement." L'émotion du sculpteur trouver finalement une oreille attentive auprès du Département de la cohésion sociale et de la solidarité qui gère les espaces funéraires. Chaque année, Vincent Du Bois opère désormais le tri dans les monuments à déposer ou pas. Et puis, il y a quelques années, surgit ce plan de monter une exposition. "Les cimetières se vident. La société actuelle est encombrée d'autres préoccupations que celle d'aller visiter ses morts. Je voulais remettre de la vie pour déjouer cet état d'abandon." La municipalité s'enthousiasme. Le Fonds d'art contemporain de la Ville de Genève et le Service des pompes funèbres qui fête cette année son 150e anniversaire prennent le convoi en marche. Vincent Du Bois fonde l'association DART avec Elodie Hainard et Xavier Sprungli pour s'occuper des parties administratives et techniques.
Lieu sensible
L'exposition doit se dérouler au cimetière des Rois. Un emplacement idéal à plusieurs titres. Ici ne sont enterrés que des citoyens célèbres triés sur le volet: Jean Calvin, Rodolphe Töpffer, Jorge Luis Borges, Grisélidis Réal. Davantage parc à promenades que nécropole des soupirs, il garantit ainsi de ne pas déranger le recueillement des familles. Il se trouve aussi au coeur des Bains, le quartier genevois dédié à l'art contemporain.
Sauf qu'on expose pas dans un cimetière comme dans un musée. Le lieu est hautement délicat. Même si aucune loi ne spécifie exactement ce qui peut troubler la paix du repos éternel. "C'est une histoire de bon sens, reprend Vincent Du Bois. On n'allait pas montrer des pièces choquantes, des travaux bruyants." N'empêche que chaque oeuvre a dû systématiquement être approuvée par le Conseil administratif qui veille sur le petit Père-Lachaise genevois. "Je connais tous les artistes que j'ai invités. Je savais que leurs propositions seraient respectueuses du contexte et de l'endroit", reprend l'artiste, qui n'est prêt à aucun compromis. "Je n'aurais accepté aucune censure. Les cimetières sont à la fois abandonnés et intouchables. Comment changer cela à notre époque où les savoir-faire se perdent, où les rites évoluent, où la virtualité prend parfois le pas sur la réalité de l'existence. C'est une vrai question de société", continue le Genevois, qui présente une immense main divine sculptée comme brouillée par des glitches informatiques.
Eternity Now
Mais les choses se compliquent. L'exposition prend du retard. "Au bout d'un moment, j'ai demandé à Simon Lamunière de m'aider." Le Genevois connaît bien les arcanes du métier, sait comment composer avec les sensibilités politiques. Il a été à la tête d'Art Basel Unlimited pendant onze ans, a constitué la collection d'oeuvres en néons qui éclaire la plaine de Plainpalais. Le curateur est venu avec son expérience et quelques artistes aussi, dont Emilie Ding qui a posé une crois en acier contre un mur de l'endroit. Pour autant, les oeuvres exposées ne doivent pas être lues dans une optique strictement funéraire. Alors oui, on retrouve les éléments symboliques du genre - les bouquets de fleurs de Jérôme Leuba, le marbre de Sybille Pasche, le tombeau de Sophie Calle, le gisant de Fabrice Gigy.
Mais ces travaux restent avant tout des oeuvres d'art exposées dans un contexte exceptionnel. Ici, on parle de mémoire et de passage. On sait aussi créer de la surprise en jouant sur l'humour. Sur une stèle, Gianni Motti a inscrit cette épitaphe: "Je vous avais bien dit que je n'allais pas très bien", inspirée par les dernières paroles de Groucho Marx. Sylvie Fleury, elle, a fait fabriquer un rétroviseur géant aux dimensions exactes d'une pierre tombale. Incliné vers le ciel, il porte gravé sur sa surface en miroir les mots "Eternity Now", un parfum de Calvin Klein. Calvin le Petit ? Le réformateur protestant repose à quelques pas de là.
LE TEMPS. 10 septembre
La rénovation d'une fontaine irrite les élus
Une oeuvre achetée il y a une vingtaine d'années doit être restaurée à grands frais. Et la Loi sur le droit d'auteur ne laisse pas le choix au Grand-Saconnex
105 000 francs pour rénover une fontaine. L'annonce a fait bondir les élus au dernier Conseil municipal du Grand-Saconnex. Et pourtant, ils ne pourront pas y couper. La Commune a acquis l'oeuvre Adam et Eve en et l'a installée à l'angle de la route de Ferney et du chemin du Pavillon. Mais depuis , la fontaine a le gosier sec: ses tuyaux ont des fuites et l'eau a été coupée. Déçu de voir sa création laissée à l'abandon, Vincent Du Bois, artiste genevois a interpellé la Commande et demandé qu'elle soit restaurée. Et d'après l'audit établi, l'intervention sera lourde... Le devis se monte à 105 000 fr.: ponçage du socle, remplacement du tableau électrique, des pompes et des tuyaux, rénovation du local technique et aménagement des abords de l'oeuvre, entre autres. La conseillère administrative en charge du Fonds de décoration relativise: "L'oeuvre a tout de même 20 ans! s'exclame Elizabeth Böhler. Si on répartit les coûts sur la durée, ça fait 5000fr. d'entretien par an." Vincent Du Bois tient aussi à tempérer: "L'urgence est le local technique, pour le reste on peut échelonner les travaux et les coûts. Je ne veux pas me bagarrer, on tire à la même corde: j'aimerais que mon oeuvre ne soit pas laissée à l'abandon et la Commune n'a pas intérêt à avoir un objet mort sur sa place!"
Au-delà du cas particulier, l'histoire a permis à la Commune de découvrir les subtilités de la Loi sur le droit d'auteur, dont les articles s'appliquent encore septante ans après la mort de l'artiste. "L'auteur a le droit exclusif de décider si, quand et de manière l'oeuvre peut être modifiée" et décide aussi comment elle sera utilisée. Lorsqu'on achète un objet d'art, mieux vaut donc se renseigner sur les frais d'entretien. "Ces contraintes légales sont justifiées. Mais il est vrai que depuis, nous sommes plus attentifs lorsque nous achetons une oeuvre... Il faut avoir une vision sur le long terme!" concède Elizabeth Böhler.
Le Fonds de décoration du Grand-Saconnex a finalement refusé de prendre en charge les frais de rénovation et le dossier est maintenant en mains de la Commission des équipements publics.
Aurélie Toninato
TRIBUNE DE GENEVE . mai
Quand l'éducation rencontre l'art, un arbre-poubelle pousse dans le préau
L'Ecole du Petit-Lancy mène un projet de sensibilisation au tri. Les élèves ont notamment réalisé des oeuvres à partir de déchets
«Dis-moiqui est lapoubelle!» C’est le titre d’une oeuvre inaugurée hier dans le préau de l’Ecole primaire du Petit-Lancy. Gavée de sacs-poubelles, la sculpture en forme d’arbre fait partie d’un projet destiné à sensibiliser parents et enfants au tri des déchets.
Depuis la rentrée, l’établissement du Petit-Lancy mêle développement durable et art. A l’origine, deux artistes genevois, Vincent Dubois et Xavier Sprungli, ont proposé à la direction de réaliser une intervention artistique autour des déchets; la proposition a séduit et a finalement mobilisé tout l’établissement.

Les élèves ont créé une série de bricolages en lien avec le tri des déchets, comme ces robots 100% recyclés. LAURENT GUIRAUD
Le coeur de l’action consiste à créer un «arbre-poubelle» pour que les enfants comprennent le parcours des déchets, les impacts de leurs traitements et les dégâts qu’ils engendrent. «L’arbre est une sorte de jauge qui doit interpeller»,
explique Xavier Sprungli. Des sacs de couleur ont été distribués aux enfants pour qu’ils chassent le papier et le PET à leur domicile. Le papier alimente le tronc de l’oeuvre, le PET sert de base aux bricolages effectués en classe. Ces créations étaient d’ailleurs exposées hier à l’intérieur de l’école.Un mur «végétal», composé de bandes de tissu, habille les escaliers,
des spirales en fil de fer et bandes de vieilles cassettes suspendues au plafond représentent le 7e continent, les robots «Super déchet», «Zork» et «Lady» se sont installés dans les couloirs et se vantent d’être composés à 100% de matériaux
recyclés.
D’autres activités ont jalonné l’année, comme la création de potagers ou l’installation d’un lombricomposteur. De plus,des collaborateurs du Service cantonal de géologie, sols et déchets sont intervenus dans les classes pour détailler le cheminement des déchets. Les élèves ont également pu visiter le centre de recyclage Papirec à Carouge.
Le projet n’est pas encore terminé mais il semble déjà avoir porté ses fruits: «Entre 68% et 100% des parents trient désormais les déchets à la maison, rapporte la directricede l’établissement, Anne Davie. Ils sont sensibilisés par leurs
enfants!» Un bilan de la consommation en papier des élèves et de l’école sera effectué enfin d’année sur la base des récoltes effectuées par les élèves. L’expérience pourrait ensuite être étendue à d’autres écoles.
Aurélie Toninato
Tribune de Genève . Mai
Le talent taillé dans la pierre
Rencontre avec Vincent Du Bois
Thierry Mertenat
Un nom à contre-emploi suscitant l’hilarité générale. Vincent Du Bois est sculpteur sur pierre.Depuis maintenant vingt six ans.Bientôt trois décennies à se trimbaler cette carte de visite sonore. «Le truc de ma vie», répond l’intéressé, en suggérant, poliment, que l’on parle d’autre chose. L’image ci-contre ramène au sujet en évitant le rire. Elle est parfaite. Au premier
plan, une «vanité», un crâne en marbre blanc emprunté à la tradition picturale de la nature morte; juste derrière, le regard
simplifié d’un artiste peu vaniteux. «Enfant déjà, j’avais un oeil qui me rapprochait de la matière. J’ai grandi avec ce désir-là:
choper dans la pierre le domaine du vivant. » Soit. L’oeuvre exposée actuellement au 52, rue des Bains, chez le galeriste Edward Mitterrand, rappelle d’abord que le rire, encore lui, n’est pas éternel.
Crâne mutant
A y regarder de plus près, ce crâne est plutôt du côté de la vie. «Du genre mutant, précise l’auteur, en pointant sa bouche
déformée et ses arcades étirées.» En indiquant à l’ignorant que ce trou dans l’os pariétal, invisible sur la photographie, sert à planter une bougie. Memento mori en forme de candélabre. Eclairage à l’ancienne dans une lumière soignée d’aujourd’hui. Un métier à cheval entre deux époques. Une réputation personnelle qui complique un peu le compliment spontané: «Pour les tailleurs de pierre, je suis un artiste; pour les artistes, je reste un artisan», résume en souriant Vincent Du Bois.
On confirme. Deux rendez-vous dans la même journée. Ils sont nécessaires pour faire le tour – incomplet – du sujet. Il
manque la visite de l’atelier, à l’avenue du cimetière, celui de Saint-Georges. C’est là que le grand-père maternel, lui-même fils d’un sculpteur sur pierre de la région de Varese, en Italie, s’installe avec ses rabots et ses ciseaux, développe la tradition de l’image, notamment funéraire, et impose son nom (Cassani, le chêne, en celte) dans un milieu sans réelle concurrence. A sa mort, il y a dix-huit ans, l’entreprise ferme. «J’ai réussi à sauver un bout de l’atelier», glisse le petit-fils, en ajoutant, pour prévenir la mauvaise interprétation biographique: «Je ne crois pas trop à la génétique du talent.» L’apprentissage du métier fait voyager et apprendre les langues. Cinq mois dans l’atelier du sculpteur animalier Robert Hainard; huit mois dans un atelier de sculpture sur pierre à Pietra Santa, en Toscane; six mois dans les ateliers de Hudson River Stone à Tribeca (New York). A la même époque, un master en sculpture à Chicago. Dans la foulée d’un début de carrière qui s’enrichit de la main des autres pour parfaire la sienne, des prix, des bourses et des commandes publiques.
Vincent Du Bois
Bio expressNaissance le 10 novembre à Genève.
Maturité au Collège de Saussure.
CFC de sculpteur sur pierre.
Master of Fine Arts en sculpture à la School of the Art Institute de Chicago.
Premier prix, avec réalisation, du concours de sculpture pour l’aménagement de la place du Grand-Saconnex.
/ Invité à la triennale contemporaine de Echigo Tsumari (Japon).
/ Expose avec d’autres artistes de Stonetouch à Art Basel et à la Galerie Mitterrand + Cramer, dans la série
Candélabres.
TH.M.
Artisanat ancestral
Vincent Du Bois prend du volume. A Lancy, depuis l’année dernière, une sculpture en granit de six tonnes (Memory Waves, deux blocs imposants qui se font face). Ailleurs sur le territoire genevois, d’autres oeuvres permanentes. Mais aussi des chantiers de restauration qui ramènent cet artisanat ancestral comme celui, récent, de la «maison des paons» aux Eaux-Vives. Ce matin-là, juché au sommet de son échafaudage, l’artiste porte une coiffe de caravanier pour se protéger de cette poudre blanche qui recouvre les coursives. La pierre de Paris, très fine et modelante, retourne à la poussière. Visite commentée à deux voix. Le collègue Pierre Buchs complète les explications pratiques. Connivence.
Vincent Du Bois n’est pas un solitaire. Parole généreuse, silhouette de plein air, il ne change pas de vocabulaire pour franchir,
l’après-midi, le seuil de son galeriste. «Je ne pourrais pas passer mes journées àgratter les façades. Réfléchir sur son époque, se mêler à la création du monde, mais en sachant d’où l’on vient: voilà ce qui occupe mes mains et mon esprit.»
Avec talent et sans contre-emploi.
Tribune de Genève . 2 avril
Un fruit extraterrestre sur les Promenades?
Un étrange objet a poussé depuis quelque temps sur les pelouses du mail à hauteur de l'Ecole des Promenades. Il s'agit d'une oeuvre de l'artiste Vincent Du Bois, un sculpteur sur pierre qui ne dédaigne ni le travail de la terre (en façonnant des bustes académiques), ni les interventions conceptuelles (comme les oeuvres très graphiques qu'il réalise à partir de la matière utilisée pour les passages protégés).

Fruit urbain, de Vincent Du Bois, en cours d'installation boulevard des Promenades
Ici, c'est le métal qui a porté son travail. Son Fruit Urbain (dont il existe un version plus petite dans le parc de la Mairie du Grand-Lancy) est un assemblage de deux fonds de cuve en tôle qui semblent surgir de la terre. Ces disques métalliques rouillés, dont le destin était de finir à la décharge, prennent une signification nouvelles : objets "récupérés", ils donnent naissance à un "fruit" extraordinaire, clin d'oeil à notre monde industriel qui ne sait que faire de ses déchets. L'artiste procède ainsi d'une démarche écologique très consciente, et nous invite à réfléchir à une vision régénérée de notre environnement où nos détritus pourraient trouver un nouveau destin...
...
vivrecarouge . novembre
Histoires de béton et de fantômes au fil du Rhône
Oeuvres et performances ponctuent un drôle de parcours pédago-rêveur le long du fleuve.
JEROME ESTEBE
Il paraît que les Genevois entretiennent des rapports troubles avec l'eau. Non qu'ils rechignent à se laver, ni qu'ils ne vantent à l'envie la splendeur de leur rade. Mais toutes mes masses liquides qui lèchent la ville leur inspirent tout de même une certaine circonspection.
...

"Evidence". En grand: Les Nénuphars Urbains d'Exa Concept. A gauche en haut: les montage anachroniques de Jeanne Quattropani. En dessous: les cannes à pêche chantantes. (STEEVE UNCKER)
Les nénuphars métalliques
Nous voilà au terme de la déambulation, à la Jonction, là où les eaux de l'Arve se mêlent à celles du Rhône en un suave tourbillon. Juste sous le balcon métallique et circulaire qui clôt le sentier, trois nénuphars tournicotent dans le flux. Des nénuphars métalliques, construits par le duo baptisé Exa-Concept avec des panneaux de signalisation routière, détournés selon une symbolique complexe où se mêlent les quatre éléments, l'Homme, la Femme... Et tout ça quoi...
"Evidence"
Samedi 16 septembre
Départ à 11h, 13h, 14h (retour en mouette), 15h et 16h
Rendez-vous au Centre d'art en l'île
Pré location obligatoire à la billetterie du festival, sise au Grütli
Plein tarif: 15fr.
Rens: www.batie.ch
La Tribune de Genève . 15 septembre
Bex & Arts 2005
EXPOS
Les sculptures d'aujourd'hui comme celles de l'Antiquité ne s'exposent jamais aussi bien que dehors. Entre parcs et plein nature, les balades inspirées se multiplient. Pleins feux sur la neuvième édition de Bex & Arts (VD), où la combinaison entre tradition et nouveauté ne manque pas de sel, et sélection de randonnées inédites.
Exposition du 5 juin au 25 septembre ,
ouverte tous les jours de 10h à 19h.
LE TEMPS . Juin
FEMINA . 5 juin




















